IRIS² : architecture et montage industriel de la constellation souveraine de l'UE
Prévue par le règlement (UE) 2023/588, la constellation IRIS² doit offrir d'ici 2030 une connectivité sécurisée aux gouvernements européens. Son déploiement a été confié au consortium SpaceRISE dans le cadre d'une concession de 12 ans.
Par Rédaction · Publié le

Une base juridique adoptée en 2023
Le programme de connectivité sécurisée de l'Union, connu sous le nom d'IRIS² (Infrastructure for Resilience, Interconnectivity and Security by Satellite), a été établi par le règlement (UE) 2023/588 pour la période 2023-2027. Il vise à doter l'Union d'une infrastructure de télécommunications par satellite qui lui appartienne, destinée en priorité aux usages gouvernementaux – surveillance, gestion de crise, protection des infrastructures critiques, communications diplomatiques et de défense – tout en ouvrant une partie des capacités à des services commerciaux.
Une constellation multi-orbites
Selon la Commission européenne, IRIS² reposera sur environ 290 satellites répartis sur deux types d'orbites :
- l'orbite terrestre basse (LEO), pour une faible latence ;
- l'orbite terrestre moyenne (MEO), pour une couverture étendue avec un nombre limité de satellites.
Le communiqué publié par Eutelsat lors de la signature précise une répartition d'environ 264 satellites en LEO et 18 en MEO. L'objectif affiché est une fourniture de services gouvernementaux et commerciaux à l'horizon 2030.
Un modèle de concession public-privé
Le 16 décembre 2024, la Commission a signé un contrat de concession de 12 ans avec le consortium SpaceRISE, constitué des opérateurs SES, Eutelsat et Hispasat. Le consortium s'appuie sur un ensemble de sous-traitants industriels, dont Thales Alenia Space, OHB, Airbus Defence and Space, Telespazio, Deutsche Telekom, Orange, Hisdesat et Thales SIX.
Le coût total du programme est évalué à environ 10,6 milliards d'euros selon Eutelsat. Le financement public – Union européenne, États membres et ESA – en couvre de l'ordre de 60 %, le reste étant apporté par les membres du consortium. Eutelsat indique pour sa part une contribution d'environ 2 milliards d'euros, affectée aux phases ultérieures du programme.
Ce montage diffère de celui de Galileo, entièrement public : l'Union conserve la propriété de l'infrastructure gouvernementale tout en confiant au secteur privé une partie de l'investissement, de l'exploitation et de la commercialisation.
Le rôle de l'ESA
Un accord de contribution signé le 21 septembre 2023 entre la Commission et l'ESA confie à l'agence le rôle d'autorité de qualification et de validation de l'infrastructure gouvernementale. Elle vérifie que l'industrie livre conformément aux exigences de l'Union et appuie la Commission dans la définition des générations futures. L'ESA s'est vu déléguer à ce titre 380 millions d'euros, pour une durée de 12 ans alignée sur celle de la concession.
Les enjeux industriels
Pour la filière européenne, IRIS² représente un débouché significatif dans plusieurs segments :
- la fabrication de satellites en série pour la partie LEO, un exercice industriel différent de la production unitaire de grands satellites géostationnaires ;
- les charges utiles sécurisées et le chiffrement, y compris la cryptographie quantique envisagée par le programme ;
- les segments sol et l'intégration avec les réseaux terrestres ;
- les lancements, l'Union privilégiant des lanceurs européens pour ses infrastructures.
Une réponse à un enjeu de souveraineté
La création d'IRIS² répond au constat d'une dépendance croissante des administrations européennes à des services de connectivité satellitaire fournis par des acteurs non européens. En se dotant d'une infrastructure propre, l'Union entend garantir la continuité de communications sensibles, y compris en situation de crise, et renforcer la position de ses opérateurs face aux grandes constellations commerciales déjà en service.
Ce qu'il faut retenir
IRIS² constitue le troisième grand programme d'infrastructure spatiale de l'Union après Galileo et Copernicus, et le premier fondé sur une concession public-privé. Le calendrier de déploiement vers 2030 et la capacité de l'industrie à produire des satellites en série seront les principaux indicateurs à suivre.
Sources
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